Passeport vacances 2026/01

Sous les entrailles du Jura : Récit d’une expédition spéléo mémorable

Nous voilà début juillet. Le soleil tape, le thermomètre s’affole, et la canicule transforme chaque déplacement en épreuve de survie. C’est donc tout naturellement que nous avons choisi cette période pour… nous enfermer dans une grotte à 6 degrés ! Parce qu’après tout, quoi de plus rafraîchissant que de troquer les glaces à l’eau contre l’humidité constante et la boue d’une cavité souterraine ?

Le grand départ : 9h00, l’heure des aventuriers

Comme chaque année, la période du « Passeport Vacances » bat son plein. Pour cette 1ère édition, nous jetons notre dévolu sur la Grotte de la Cascade, à Môtiers. Habituellement, cette cavité est capricieuse : elle craint la montée des eaux et demande une vigilance de tous les instants. Mais, clin d’œil de la météo, la sécheresse persistante des dernières semaines nous offre un boulevard. L’exploration se fera dans une quiétude totale.

À 9 heures pile, nos dix jeunes explorateurs intrépides débarquent. Ils sont prêts à en découdre avec les profondeurs de notre beau pays. Après un rapide appel, nous constatons que l’équipement est globalement conforme aux directives… disons qu’il y a eu quelques interprétations créatives, mais rien qui ne puisse être corrigé en un clin d’œil!

La transformation : de citadins à spéléologues

Direction la grange pour le rituel immuable : la chaîne d’équipement. Casques, gants, vestes… Il nous faut à peine 30 minutes pour transformer ce petit groupe en véritable équipe d’intervention. Une fois harnachés comme des pros, nous prenons la route du Jura neuchâtelois, direction le Val-de-Travers qui nous attend de pied ferme.

En arrivant, petit contretemps logistique : l’exposition « Art Môtiers » occupe notre parking habituel. Qu’à cela ne tienne ! Nous improvisons. Guy se propose aimablement de monter la garde à l’extérieur, tandis que, pour ne pas encombrer les installations artistiques, nous décidons de stocker nos sacs et affaires de rechange directement à l’intérieur de la grotte.

L’entrée dans le monde du froid

Briefing de sécurité fait, photo traditionnelle de groupe devant l’entrée, nous plongeons dans les premières galeries sombres. Ceux qui craignaient d’avoir trop chaud avec les doudounes comprennent instantanément leur erreur. À mesure que nous avançons, la température chute : 10, 8, puis 6 degrés. La magie du sous-sol opère.

La première partie, assez accessible, est franchie sans accroc. Le seul obstacle notable est un trou à enjamber, mais nos jeunes aventuriers ont de la ressource et passent l’obstacle avec une agilité déconcertante.

Étroitures et bains de boue

Nous attaquons la deuxième section. Une petite étroiture débouche sur un toboggan naturel qui nous dépose dans une mare. Là, c’est le grand test : les puristes en bottes avancent sans sourciller, tandis que ceux qui ont préféré les chaussures de marche tentent, avec plus ou moins de succès, une chorégraphie hésitante pour éviter l’eau.

Plus nous progressons, plus le sol devient collant. C’est le signe que nous approchons du célèbre « corridor de boue ». Mais avant cela, il faut franchir une galerie étroite, à quatre pattes. Le plafond est bas, très bas. C’est le moment où tout le monde comprend enfin l’utilité vitale du casque : la roche, contrairement à nos crânes, n’a aucune intention de se laisser déformer.

L’escalade et le défi des profondeurs

La troisième phase débute par une petite escalade. Si, pour les spéléos chevronnés, c’est une formalité, nous préférons assurer le coup en équipant nos jeunes recrues d’une ceinture et d’une corde. Tout le monde franchit ce passage technique avec brio.

Vient alors l’épreuve reine : la descente du corridor de boue. Ici, la nature est sans pitié. Si tes lacets sont mal serrés, la glaise gagne. Au pas suivant, ton pied remonte, mais ta chaussure reste prisonnière de la boue. C’est aussi là que nos explorateurs perdent leur identité visuelle : la diversité de couleurs des doudounes et des pantalons disparaît au profit d’une uniformité brunâtre et dégoulinante.

En bas de galerie, une surprise de taille nous attend. Avec la sécheresse, le siphon est complètement vide ! Nous en profitons pour descendre dans la zone habituellement inondée et réaliser une traversée parallèle. Un moment rarissime, immortalisé par une séance photo au bord du lac souterrain. Très peu de spéléologues ont le privilège d’arriver aussi loin dans cette grotte.

Retour vers la surface (et douche improvisée)

Nous entamons le chemin du retour. Certains profitent du passage boueux pour entamer un concours informel de « qui sera le plus sale ». Après une pause bien méritée avec bouteilles d’eau, barres chocolatées et test du noir absolu, nous reprenons la galerie basse. Cette fois, les casques n’ont pas à servir de pare-chocs officiels, mais quelques bruits de tissus déchirés nous rappellent que la roche est bien plus abrasive et solide que les doudounes et que celles-ci ne servent pas seulement à lutter contre le froid ou à s’essuyer les mains pleines de boue mais aussi à amortir les petits chocs contre les parois.

De retour à la lumière, c’est le soulagement. Nous échangeons nos tenues d’explorateurs trempées et terreuses contre des habits plus légers. La cascade étant à sec, l’espoir d’un nettoyage naturel s’envole, mais l’appel du pique-nique est plus fort que tout.

C’est alors que Chloé, en vraie cheftaine prévoyante, repère des nuages noirs menaçants. Nous pressons le pas vers les voitures… et là, le ciel craque. Cinq secondes. Il n’a pas fallu plus de temps pour que nous soyons trempés jusqu’aux os. Le déluge était tel que nous avons dû nous réfugier sous des auvents, des avant toits, ou à l’arrière de notre bus. Ironie du sort : nous qui cherchions de l’eau pour nettoyer nos bottes et casques, nous avons eu droit à une douche gratuite et intégrale !

Fin de journée et remerciements

Le retour jusqu’à Cheseaux se fait dans une joyeuse atmosphère humide. Une fois sur place, nous terminons la corvée de nettoyage des casques — qui devient, étrangement, un jeu — jusqu’à 18 heures, l’heure de rendre les aventuriers à leurs parents, probablement ravis de récupérer leurs enfants (et leurs vêtements) dans cet état.

Un immense merci à mes collègues du Spéléo-club de Cheseaux : Chloé, Franki, Bernard, Marc, Remi et Guy. Merci à la Société Suisse de Spéléologie pour l’assurance, à l’APVRL pour l’organisation de ces moments, et bien sûr à nos jeunes aventuriers. Votre bonne humeur et votre motivation ont transformé cette journée en un moment inoubliable.

Rendez-vous en août pour la deuxième édition. Préparez vos bottes, on vous attend pour de nouvelles aventures !

Toutes les photos sont publiées avec l’accord des représentants légaux

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